AMICALE BORDELAISE EUROPEENNE. 05 56 28 06 17
A propos du TRAITE SIMPLIFIE entériné à Lisbonne
le 19 octobre 2007
et proclamé officellement en France le 10 février 2008.
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Le présent « blog » vise à
fournir aux citoyens aspirant à saisir le traité simplifié dans sa contexture et dans ses implications, une explication dans l'optique des personnes non spécialisées en droit
constitutionnel, et à répondre aux questions suivantes : 1er - qui gouvernera réellement ? 2 - Le Gouvernement aura-t-il les moyens
nécessités par les missions qu’attendent de lui les électeurs ? 3 - De quel levier disposeront les citoyens pour se faire écouter des élus ?
La présente explication a fait l’objet d’un effort pédagogique aboutissant à une présentation en quatre titres. En "I" est bâti un panorama général des constitutions démocratiques à partir de quatre régimes caractéristiques actuels ou récents ; il réclame oralement 14 minutes. En "II" est fournie une explication du traité simplifié que le panorama précédent permet de situer dans ses conséquences constitutionnelles; il demande oralement 12 minutes. Divers sujets sont ensuite évoqués : en "III" certaines questions d’ordre mondial que les citoyens espèrent parfois voir résolues grâce à l’unification européenne. Et en "IV" quelques interrogations suscitées par le traité simplifié de Lisbonne. Par exemple : ce texte est-il semblable au projet de la constitution européenne soumis au référendum du 29 mai 2005 ? est-il une constitution ? Les "non" de 2005 pourraient-ils encore entreprendre quelque action allant dans leurs vues ?
Ce travail a été réalisé par
L’Amicale Bordelaise Européenne dont les membres - quelques Européens Bordelais - s'entretiennent de l’Europe et son avenir dans une optique excluant tout nationalisme et toute
option politique. Autant que faire se peut, ils s'en remettent également aux raisonnements cartésiens et aux faits d’observations objectifs.
Le présent panorama est bâti à partir de quatre structures institutionnelles caractéristiques : les régimes présidentiels comme la Cinquième République Française sous laquelle nous vivons depuis 1958 ; les systèmes parlementaires tels que la présente constitution italienne ou la défunte Quatrième République Française ; la constitution des Etats-Unis ; et le système anglais. Chacun de ces régimes est examiné sous l’angle de ses processus électoraux, dits mandatements, et des prérogatives attribuées aux élus, ces deux facteurs permettant de cerner les conséquences de ces constitutions pour les citoyens.
A : Le régime présidentiel de la Cinquième République Française. (Prière de bien vouloir se reporter au schéma. Les nombres renvoient aux articles constitutionnels.)
* Mandatements : 1 ) Le Gouvernement (pouvoir exécutif) : Le Président de la République est élu au suffrage universel direct (articles 5 et 6 ; le mot « article » sera désormais noté « a »). Il nomme le Premier Ministre (a 8) et les ministres sur proposition du Premier Ministre. Il met fin à leurs fonctions.
2) Le Parlement (pouvoir législatif) est composé de l’Assemblée Nationale dont les députés sont élus au suffrage universel direct (a 24), et du Sénat dont les sénateurs sont élus au suffrage indirect (a 24) par un collège électoral composé des grands électeurs territoriaux.
* Prérogatives : 1) Le Gouvernement : est conduit par le Président de la République (a 5 à 19 du titre II) qui préside le Conseil des Ministres (a 9), promulgue les lois (a 10), peut soumettre une loi à référendum (a 11) et prononce la dissolution du Parlement (a 12). Il négocie et ratifie les traités (a 52) et il peut avoir recours aux dispositions d’urgence prévues par l’article 16. Enfin, l’exécution de ses directives est conduite par le Premier Ministre et par les ministres (a 20 à 23), et les projets de lois sont délibérés en Conseil des Ministres après avis du Conseil d’Etat (a 39).
2 ) Le législatif : Les lois sont votées (a 45) par l’Assemblée Nationale (a 34 et a. 24) et le Sénat. L’initiative des lois appartient concurremment au Premier Ministre et aux membres du Parlement. L’Assemblée Nationale peut mettre en cause la responsabilité du Gouvernement par le vote d’une motion de censure (a 49) qui aboutit à renverser le Gouvernement.
Questions "citoyennes" : 1 ° Qui gouverne ? Manifestement, le Président de la République. 2 ° Le Gouvernement a-t-il les moyens de ses missions ? Le fait d’être nommé par les citoyens et de pouvoir dissoudre l’Assemblée Nationale sans réciprocité, donne au Chef de l’Etat les moyens de ses missions. 3 ° De quel levier disposent les citoyens pour influer sur le Gouvernement ? L’élection au suffrage universel direct du Chef de l’Etat est un moyen efficace allant dans ce sens, même s’il n’est pas parfait.
Remarques. Le Chef de l’Etat étant une personne physique unique, les citoyens agissent directement sur la « tête » du Gouvernement, et par voie de conséquence sur le Gouvernement tout entier.
En revanche et en matière législative, les votants élisent des assemblées composées de plusieurs centaines de personnes, donc des « collégialités ». Or ces groupes humains suivent les lois habituelles de fractionnement en divers sous-ensembles appelés partis, parfois divisés en tendances. Chaque parti suit sa propre stratégie dans la conquête du pouvoir, ce qui aboutit à des options parlementaires globales souvent différentes de celles de l'ensemble des citoyens. Ce fait est particulièrement apparent en matière européenne où le projet de la constitution refusé par 55 % des votants de 2005 était accepté par 80 à 90 % des élus de la même époque, élus pourtant choisis par ces mêmes électeurs. Cette dérive en matière de représentativité peut être aggravée d'une influence en sens inverse exercée par les partis sur leur base électorale, souvent idéologique. Si bien que non seulement la représentativité des citoyens est altérée par les collégialités parlementaires mais elle est en plus dévoyée par les idéologies. Ce résultat est assez éloigné du but recherché par les humanistes du XVIIIème siècle et par les révolutionnaires français qui voyaient en ces collégialités le meilleur moyen « d’obtenir les meilleures lois » au profit des peuples. Au total, la voie parlementaire laisse donc aux citoyens peu de possibilités de se faire écouter par leurs élus, même si elle constitue une amélioration sensible par rapport à l’absolutisme monarchique de l’Ancien Régime.
Remarquons que la collégialité des sénateurs émane elle-même d’une autre collégialité : celle des grands électeurs qui les élisent. Notons enfin que la Cinquième République est stable, seuls onze gouvernements s’étant succédés durant les 25 dernières années. Leur durée de vie moyenne de 2,5 années environ est satisfaisante au regard du travail, des critiques et des rivalités auxquels sont continuellement exposés ces responsables. Il subsiste le problème posé par les cohabitations.
Au total, l’élection directe du chef du Gouvernement par les citoyens constitue le seul moyen efficace - et le seul réel - de se faire écouter des décideurs politiques, même si ce levier ne joue qu’en début de mandat et ne permet pas d’agir ensuite décision par décision. Il constitue malgré tout un progrès décisif par rapport à la représentation parlementaire. Enfin et vis-à-vis de l’étranger, les pouvoirs conférés par la Cinquième République au chef réel du Gouvernement donnent à la France les moyens d’agir efficacement au sein des nations du monde en dépit de son cinquième rang économique. Telles sont les particularités du régime présidentiel considéré dans l’optique des citoyens.
B : Le régime parlementaire de la République Italienne ou de la Quatrième République Française. (le présent texte étant à destination des Français, seule la Quatrième République Française sera citée dans ces lignes).
* Mandatements : a ) Le Gouvernement : le Président de la République (a 45) est élu pour 7 ans par le Parlement (a 29). Il désigne le Président du Conseil [des Ministres] (a 47) « après les consultations d’usage » et il nomme les Ministres choisis par le Président du Conseil (ici précisé [des Ministres] afin d’éviter toute ambiguïté avec le Conseil de la République).
b ) Le Parlement : se compose de l’Assemblée Nationale dont les députés sont élus au suffrage universel direct (a 3 et 6) et du Conseil de la République [équivalent du Sénat] dont les 250 à 300 membres sont renouvelables par moitié (a 6) au suffrage indirect des collectivités communales et départementales ; ou dans la proportion maximale d’un sixième par l’Assemblée Nationale.
* Prérogatives : a) Le Gouvernement : le Président du Conseil conduit (a 47) le gouvernement même si ce Conseil [des Ministres] est présidé par le Président de la République. Il peut dissoudre l’Assemblée Nationale (a 51) si le Conseil [des Ministres] a été renversé deux fois en moins de 18 mois.
b ) Le pouvoir législatif : L’Assemblée Nationale vote seule les lois (a 13) qui sont malgré tout définies dans les mêmes termes par les deux assemblées (a 20). Elle règle le budget (a 16). Elle peut poser la question de confiance et renverser le Gouvernement (a 48 à 50) à la suite d’une motion de censure et d’une dissolution
L’initiative des lois revient (a 14) aux membres du Parlement et au Président du Conseil [des Ministres].
Questions "citoyennes" : Q 1 : Qui gouverne ? Le Président du Conseil [des Ministres]. Q 2 : Les moyens sont-ils adaptés aux missions ? Nommé par le Président de la République sur un consensus, dépendant de motions de censures de circonstance et soumis aux rivalités venues de son propre parti ou des autres partis, le Président du Conseil [des Ministres] consacre une partie déterminante de son temps et de son énergie à se maintenir à son poste. Aussi éprouve-t-il de grandes difficultés à agir au profit de la Nation. Q 3 : En raison de la collégialité du Parlement et de la désignation du Président du Conseil [des Ministres] par ce Parlement, les citoyens ne disposent d’aucun levier direct susceptible d’influer sur le Gouvernement. Ainsi sont-ils autant neutralisés à l’Exécutif qu’au Législatif.
Remarques. Ce régime est instable. Le
Président du Conseil est placé en double position d’obligé par sa désignation parlementaire et présidentielle, et son Gouvernement est en situation de « consensus » permanent.
25 gouvernements se sont succédés en 11 années de régime parlementaire, de 1946 à 1958. Il a disparu en suite à son instabilité et à son incapacité à résoudre les problèmes de son temps. En
Italie, le Chef du Gouvernement, Romano Prodi, à peine élu en suite à la combinaison de 13 partis, a été contraint de démissionner. Il n’accepta de revenir à son poste que sous certaines
conditions le rapprochant du régime présidentiel. De nombreux Italiens se demandent si leur pays est gouvernable, et plusieurs élus de la Péninsule souhaiteraient modifier cette
constitution. En Allemagne, la « République de Weimar », du même type, a aboutit à la prise du pouvoir par Hitler
Evoquons à présent deux autres systèmes
institutionnels : ceux des Etats-Unis et de l’Angleterre.
C : La constitution des Etats-Unis d’Amérique.
Les strates politiques propres aux Etats et à l’ensemble national rendent cette constitution complexe et de peu d’intérêt aux yeux des citoyens à côté de deux spécificités qui, paradoxalement, ne relèvent pas du registre constitutionnel.
La première tient dans la primauté occupée par la finance. Le coût d’une campagne électorale est très élevé : 100 millions de dollars par candidat au départ du parcours électoral de 2008 par exemple (soit 45 milliards d’anciens francs). Il l’est tant, que quel que soit le candidat, quel que soit le parti ou la fortune personnelle des présidentiables, l’assujettissement à la finance est grande, même en ayant recours à une multitude de petits chèques, surtout dans un pays où le dollar n’est pas subdélégué sans retour d’investissement. Si bien que la structure constitutionnelle des Etats-Unis importe moins que sa sujétion à Wall Street. Au regard des citoyens, ce pays ne fonctionne donc pas en véritable démocratie mais en gouvernement des riches appelé "ploutocratie". Si, vues de l’extérieur, les élections américaines impressionnent par leurs grandioses déploiements populaires, cette constitution est surtout démonstrative, les décisions effectives relevant essentiellement de la finance new-yorkaise.
La seconde caractéristique de cette constitution tient dans l’importance occupée par le lobbysme que favorisent l’enchevêtrement administratif et l’imbrication des niveaux de responsabilités.
A ces deux caractéristiques - peu démocratiques - s’ajoutent les formes habituelles de contrôle de l’électorat par les financiers à travers la presse écrite, les médias audio-visuels, les banques, la justice et l’économie, tout dépendant finalement du dollar. Dans ce type de régime, les citoyens sont évidemment marginalisés.
D : Le système anglais.
Le système anglais est très proche de celui des Etats-Unis dans son fonctionnement réel et dans ses résultats effectifs. Comme Outre-Atlantique, il est dominé par le monde financier. D'ailleurs, il n'est pas une véritable constitution puisqu’il est constitué d’un empilement de lois séculaires, comme en France sous l’Ancien Régime. Il en subsiste par exemple diverses survivances moyenâgeuses telles que la centaine de sièges de députés réservée aux aristocrates ; comme si en France, une centaine de barons, marquis, comtes ou ducs siégeaient au Parlement au motif qu’ils ont « de la naissance ». Ce système conserve parfois d’étranges lois, comme le droit réservé aux Anglais de tuer les Ecossais porteurs d’un arc et de flèches dans la ville de York.
Résumé partiel : Ces quatre régimes politiques présidentiels, parlementaires et ploutocratiques donnent aux citoyens une idée des dispositions arrêtées par le traité simplifié de Lisbonne et de leurs conséquences.